Comment est-ce possible

Un cri du cœur lancé par Sergueï, un des bénévoles qui ce soir accompagne le Bus de nuit.
Oui comment est-ce possible de survivre dans un pareil environnement ?
Les -20° qui glacent la ville, soulignés par des rafales de vent maritime, n’incitent pas à l’optimisme.
Malgré les diverses couches d’habits qui nous protègent, le froid pénètre, il mord la peau à découvert. Qu’en est-il des sans-logis ?

Que cet hiver ne soit pas le dernier pour eux
Faut-il être sur place, avec eux, pour se rendre compte des conditions mortifères  qu’affrontent les  sans-abris de Saint-Pétersbourg ? L’un des hivers les plus rudes de ces dernières années.
A Saint-Pétersbourg, vu leur statut de citoyens russes sans-papiers, ils sont plusieurs dizaines de milliers à affronter les terribles rigueurs de l’hiver sans aucune aide de l’Etat, ou si peu.
Comment est-ce possible que des êtres humains puissent résister ? Comment les aider ?
Nochlechka, ses trois Tentes, son Bus s’y essayent. Chaque nuit la maraude apporte nourritures chaudes à cent-quarante personnes. Les tentes, elles, accueillent une cinquantaine de sans-abris à la recherche de sécurité, chaleur, nourriture et soins.

Les survivants du froid
A l’approche de l’arrêt Yuzhnoe shosse, loin de tout, dans une ruelle encombrée de neige, on distingue par le pare brise du bus une dizaine de sans-abris, ils nous attendent. Nous avons tous la même réaction : ils sont peu ce soir.
Paradoxe ? Avec cette météo on s’attendrait à rencontrer beaucoup plus d’entre eux venus s’approvisionner de chaudes calories. Mais ceux qui ont trouvé un semblant de refuge dans une baraque abandonnée, un chantier de démolition, un immeuble en construction ou encore quelques excavations protectrices préfèrent y rester plutôt que de perdre la place et peut-être même la vie.
Transis, les sans-abris présents se requinquent avec de la soupe aux légumes, d’autres se chauffent les mains avec le thé bouillant. Leurs visages rougis par cette glaciale nuit témoignent des souffrances endurées.

Du Bus à la Tente
Quel contraste avec ceux que nous allons retrouver dans une des trois Tentes de la Survie.
A Obukhovo plus précisément, à cinq pas de la station terminus du métro, une longue silhouette verdâtre, le chapiteau, est blottie dans une épaisse couche de neige.
Derrière est laissé le froid inhospitalier, à peine franchi l’entrée, une chaude moiteur nous surprend, nous accueille.
Couchés sur des matelas de mousse, tout habillés, une cinquantaine de survivants du froid cherchent le sommeil. Quelques-uns attendent leur tour pour être examinés par la médecin volontaire, d’autres encore jouent aux cartes ou babillent en souriant.
Ici on se sent bien, on ne craint plus rien me raconte Irina qui, avec son compagnon, vient chaque soir passer la nuit.
La tente est au maximum de ses capacités m’expliquent Elena Bonshted, responsable de la logistique des Tentes de la Survie. Il en est de même pour les deux autres. C’est qu’avec de pareilles conditions météorologiques cela n’a rien de surprenant. Je crains que le bilan de sans-abris fauchés par la mort blanche soit plus important que l’hivers précédent.
Hiver 2017-2018, 1’070 personnes sans-abris sont mortes.
Mais pourquoi l’administration pétersbourgeoise ignore pareil drame, laisse sans protection aucune ses citoyens ?

Le début d’une réponse ?
Une question qui nous trotte dans la tête; nous ne savons pas encore que trois jours après, le lundi suivant, le 04 février 2019, la vice-gouverneur Anna Mityanina, visitera les Tentes suite à un appel à l’aide lancé par Nochlechka relayé par les médias face à la pénurie chronique d’abris chauffés pour les sans-abris.

Soutenez Nochlechka vous sauvez des vies

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