« Un pays policé »

Viktor est nerveux, il n’a de cesse de bouger, à donner le vertige aux habitués de la blanchisserie.
Ce matin c’est avec lui que nous engageons la conversation, il nous confie ce qui l’a amené à la rue.

Seul au monde
Viktor nous dit avoir dix-huit ans, il en fait plus, les affres de son existence l’ont marqué, l’ont vieilli.
Je suis un jeune clochard nous dit-il en préambule.
Un jour, ma chambre située à Suvorovsky Prospekt est vendue. Je n’étais pas au courant. Des gros bras débarquent, me jettent à la rue et me voilà sans lieu où me réfugier. Commence l’errance, j’avais 12 ans et demi.
Viktor a aucun moment nous parle de famille, de proches, on le dirait seul au monde, abandonné, laissé pour compte.
Pour survivre, je vol à l’étalage, je suis pris et mis en taule. J’y attrape la tuberculose, on me libère, direction l’hôpital.

Relégué administrativement
En 2013, rebelotte la taule pour avoir participer à une rixe, un vrai combat. Relâché je n’ai aucun papier, aucune identité. Et même si je suis né à Saint-Pétersbourg, la police m’expédie à Louga, à 140 bornes d’ici. Je proteste, la police rétorque : si tu n’y vas pas pour t’enregistrer on te remet en prison.
Et me voici à Louga, je me retrouve chez un proxénète qui visiblement est en charge de certains cas d’enregistrement, un arrangement louche avec la police, sans aucun doute.

La Russie est imprévisible
En fin de compte, je suis retourné discrètement à Saint-Pétersbourg et aujourd’hui je loge à la fondation The Bright Path. Je travaille au noir sur un chantier, sans-papier impossible de bosser autrement, je gagne de quoi me loger et me nourrir.
Si je planifie mon avenir ? Bien évidemment j’ai des projets mais sachez que la Russie est imprévisible. A la tête de l’Etat qui avons-nous ? Un policier. Et ici la police est corrompue.

La blanchisserie
Rappelons que le 22 novembre 2016 Nochlechka ouvrait l’unique blanchisserie de Russie accessible aux sans-abris. Un lieu où le sans logis, avec ses habits propres, retrouve de la dignité. Un espace aussi où l’on discute, raconte son existence.

Merci de soutenir Nochlechka, vous sauvez des vies

 

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