Tragique opéra

Dmitri

Dimitri est chanteur d’opéra, en Europe, aux USA, il a interprété les rôles les plus compliqués et patatras, à 55 ans il se retrouve soudain sans logis, sans rien.

Aux portes du Metropolitan Opera
Lors de la perestroïka, les échanges d’étudiants avec l’Amérique s’améliorent, je suis l’un des premiers à être envoyé aux États-Unis. J’ai parcouru la moitié du pays, fait un stage à l’Indiana University à Bloomington et j’ai exercé auprès du professeur et chanteur d’opéra Nicola Rossi-Lemeni.
Il m’a promis son appui pour que je puisse entrer au Metropolitan Opera. Hélas la mort soudaine de Rossi-Lemeni a douché tous mes espoirs.
Je suis rentré en Russie.

Ma vie a toujours été le chant, mon père était chanteur d’opéra, violoniste.

Une carrière européenne
A mon retour en Russie, mon mariage a du plomb dans l’aile, et malgré notre fille, nous nous sommes divorcés. Très vite je me suis remarié, une deuxième fille est née.
Les charges familiales ont augmenté, la situation économique du pays est une véritable catastrophe.
Pour survivre, je pars en Allemagne, à l’opéra d’Hambourg, puis un contrat pour la mise en scène à Baden-Baden et à l’Opéra de Munich. En Autriche, à Vienne, à l’opéra de chambre.
Tout va bien, on m’a offert l’un des principaux rôles dans le Lohengrin de Wagner, puis de Tomsky dans La Dame de pique.
Je signe même un contrat permanent avec l’opéra national de Bavière et là, mon épouse demande de rentrer chez nous à Saint-Pétersbourg.
Je la suis et l’on divorce.

De ville en ville
Pendant dix ans, j’ai chanté. Je suis allé de théâtre en théâtre, en voiture, ténor itinérant j’interprétais les partitions les plus difficiles, j’ai vécu sans me soucier des lendemains, il n’y avait pas de quoi se plaindre.

Un jour, on le frappe pour voler son véhicule. Il passe toute la nuit dans la neige sans connaissance et se retrouve aux urgences d’un hôpital pétersbourgeois.

Victime de la Propiska
Dimitri se réveille aux soins intensifs. Il souffre de graves gelures, d’une commotion et pire encore, ajoute-t-il, je n’ai plus aucun document, plus de papier d’identité, ils étaient dans la voiture.
Après deux semaines, il sort de l’hôpital, sans rien.
Malgré sa notoriété il n’arrive pas à récupérer son identité administrative.

Comment prouver qui on est, questionne Dimitri, quand on n’a pas de papier pour le prouver ?

La déchéance
Des amis me prêtent un peu d’argent, je dors dans une auberge de jeunesse puis dans un sous-sol où des sans-abris me conduisent. Je commence à boire pour supporter cette déchéance, c’est l’engrenage.
Je fais des petits boulots au noir, en hiver déneige les toits. Je comprends que je ne peux pas survivre comme ça.
Un matin, je me suis réveillé et je réalise que j’étais en train de mourir à petit feu, il fallait réagir.

Retrouver une dignité d’homme
Nochlechka m’a sauvé, aucun doute là-dessus.
Non seulement ils m’ont aidé à me désalcooliser mais ils m’ont retrouvé des papiers. Et pendant ce laps de temps je dormais à leur Centre d’Accueil.
Aujourd’hui, à 55 ans, même si la musique est toute ma vie, impossible de s’y remettre. J’ai choisi l’hôtellerie, toujours grâce à Nochlechka.
J’ai commencé des études à l’École de tourisme et des services hôteliers et je suis un stage à l’hôtel Hilton.
Une fois que j’aurai un emploi stable je chercherai un appartement et là j’essaierai de retrouver mes filles.

Dimitri ôte ses lunettes et se frotte les yeux, il y a longtemps qu’il ne les a vues.

Vous qui me lisez, nous dit Dimitri, sachez que tout don en faveur de Nochlechka permet aux personnes, qui comme moi, ont tout perdu et se retrouve à la rue, de reconquérir une dignité d’homme.
Merci de les soutenir
conclut-il.

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