Comme les autres ?

Mon histoire est comme celle de centaines d’autres Russes. On m’a détroussé de mon appartement et je n’ai rien pu faire.
En ce début juin, Valery se trouve à la blanchisserie de Nochlechka, entre deux lessives, il nous relate ce qui l’a entrainé dans la rue.

La fête au village
J’ai 52 ans et je suis né dans le district de Vyborgsky à huitante kilomètres de Peters. Là-bas, tout le monde se connaissait. Vous savez, en Union soviétique, les gens avaient une certaine confiance dans l’avenir. Les vacances étaient vraiment des vacances. Je me souviens des manifestations patriotiques. Le 7 novembre, jour de la Révolution d’Octobre, le 1er mai, tout le monde était à la fête. Et il n’était pas interdit de boire, là-bas.
Des souvenirs des temps heureux j’en ai, près de chez moi il y avait un marécage, des libellules, j’y ai trouvé un dépôt de cartouches que j’ai revendu à un très bon prix.

Un couteau dans les reins
J’avais donc cet appartement à Vyborgsky hérité de ma mère. Quelques arriérés de payements aussi et un jour j’ai signé une reconnaissance de dette sans me rendre compte que c’est le logement que je cédais.
Rien pu faire, des gros bras sont venus et m’ont éjecté. Ils m’ont fait comprendre que je n’avais pas du tout intérêt à me plaindre, qu’un couteau dans les reins….
De plus pour se battre il faut des avocats, de l’argent, je n’avais plus rien, j’étais à la rue.
J’ai un frère et j’ai voulu loger chez lui. Il partageait un appartement communautaire, les autres locataires m’ont de suite rejeté, impossible de rester.

Valery, sans identité administrative puisque sans logement a vivoté de divers expédients. Longtemps il a campé au bord de la mer Baltique, pas très loin de Vyborgsky.

Le pied gelé
Valery nous raconte : le pire était le froid, un jour, je me suis endormi, j’avais bu de désespoir, aussi pour me tenir au chaud, mon pied était dans une flaque d’eau, la flaque a gelé, mon pied aussi, je l’ai perdu.
Je n’avais déjà pas de papier et maintenant, en plus, je traînais la patte, je dormais n’importe où dans le quartier de Pouchkine, en bordure de Saintpet. Un soir je me suis assoupis sur la rampe d’un magasin, le concierge à vélo m’a donné un coup de pied sur le visage et m’a chassé.
Au moins là-bas il y avait une grand-mère qui tout le temps m’apportait quelque chose.

Des contacts vitaux
Ce n’est pas très loin de là que Valéry a rencontré le Bus de Nuit et depuis il se retape à Nochlechka, au Centre d’Accueil, en attendant que les juristes de l’ONG lui trouvent des papiers et une rente invalidité.

Le Bus de Nuit de Nochlechka assure quotidiennement la distribution de nourriture chaude et deux fois par semaine un médecin l’accompagne afin de prodiguer des soins de légère urgence. Ces contacts sont vitaux pour les sans-papiers sans-abris qui survivent dans des conditions exécrables.
Par mois, près de 450 personnes sont secourues. Offrez des repas chauds. 72 RUR soit 1,20 CHF par personne.

Soutenez le Bus de Nuit, vous sauvez des vies

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