Carton rouge

Le monde du ballon rond célèbre sa fête quadriennale.
A regarder les médias on pourrait penser que le monde dans sa globalité est réuni par ce championnat. On estime à un milliard le nombre de téléspectateurs et plus d’un million de supporters y sont attendus.
Pour la Russie, le coût estimé du tournoi a été établi à environ 12 milliards de dollars.
Et pourtant, malgré ces impressionnantes données, malgré la joie que de très nombreuses personnes vivent, l’envie de lever un carton rouge dès le départ de cette manifestation démange fortement.

Indifférence
En effet, cet événement planétaire qui accapare bien des attentions laisse songeur si l’on pense aux laissés pour compte de la société russe et plus particulièrement aux citoyens de ce pays dépourvu de toute identité.

En Russie on compte des millions d’apatrides. A Saint-Pétersbourg ils sont plus de 60’000 humains à n’avoir aucun droit. Ils survivent dans des conditions exécrables.

Là aussi les statistiques sont spectaculaires mais contrairement au foot, elles ne soulèvent aucun hourrrrrrrrrrah, aucun intérêt.

Discrimination étatique
Rappelons tout de même qu’en Russie, curieusement, les droits individuels ne sont pas attachés aux personnes, mais à leur résidence.
S’il n’y a pas de résidence, il n’y a pas de droits.
Une personne sans enregistrement ne peut ni travailler légalement, ni se loger, ni se marier, ni recevoir des allocations pour ses enfants, une pension d’invalidité ou de vieillesse et ne peut pas bénéficier de l’aide médicale gratuite ou encore s’adresser au tribunal.

La tyrannie administrative
Pour pallier à cette totale absence d’identité administrative et à tous les aléas induits, le service juridique de Nochlechka, enregistre les sans-abris, leur fournit une carte d’identité « maison » tacitement reconnue par les autorités pétersbourgeoises en attendant l’obtention éventuelle des papiers officiels.
En effet, l’ONG mène diverses actions afin de réhabiliter ces naufragés de l’administration, le Centre d’Accueil, la Consultation Juridique, le Service Médical et sanitaire de jour, la Sensibilisation, la Blanchisserie, en hiver, les Tentes de la Survie et, quotidiennement, son service de distribution de nourriture, celle du Bus de Nuit.

Le foot me donne la pêche
C’est lors d’une de ces tournées nocturnes que nous avons rencontré Sergueï dit “Zenith”, ainsi surnommé pour son amour du foot et surtout d’être un inconditionnel du Zenith, l’équipe de Saint-Pétersbourg.
Sergueï exhibe d’ailleurs fièrement sur le haut de son bras un tatouage à la gloire du Zénith et il nous raconte que cette fois, exceptionnellement, il va tout faire pour suivre les éventuels exploits de la Sbornaya, la sélection russe, tant bien même qu’il ne croit guère en ses chances.

Pour le moins, ajoute Sergueï, le foot me donne la pêche et me fait un tout petit peu oublier que je survis à la rue depuis trois ans.

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