UNE TESSINOISE SUR LE TERRAIN
Lors d'un récent stage d'études dans le domaine de la neuropsychologique à Saint Pétersbourg, Flavia Boldini, Tessinoise, participa comme bénévole à la distribution de vivres organisée quotidiennement par Nochlezhka.
Flavia fut si fortement interpellée par la détresse frappant le monde des sans-logis, qu'elle décida de retourner sur place, de donner de sa personne et se muer en aide infirmière de l'urgence. Elle emmena depuis Bellinzone quantité de médicaments connaissant la carence de ceux-ci pour les plus démunis.
Voici son récit :
Un terrible quotidien
Mon premier contact avec les sans-abri de St Pétersbourg fut brutal. Lors de mon premier séjour à Saint Pétersbourg, j'ai participé comme bénévole de Nochlezhka à la distribution de repas chauds et fus confrontée à un monde difficilement imaginable dans la Russie d'aujourd'hui.
Comment des êtres humains pouvaient-ils vivre dans de telles conditions? Plusieurs personnes déambulaient pieds nus sur le trottoir détrempé par la dernière averse. Ceux qui ne puaient pas les déjections, l'urine ou le vomit avaient des ulcères, des gangrènes et des infections; il régnait dans ce groupe agglutiné autour du bus comme une odeur de corps en décomposition.
Tant bien même que l'alcool n'est pas l'apanage des sans-abri dans une société russe fortement alcoolisée, j'ai compris, en découvrant ces pauvres ères, pourquoi ce liquide est très présent dans leur quotidien. La boisson aide à lutter contre le froid et la douleur, favorise le sommeil dans un cadre inhospitalier, facilite l'appartenance à un groupe déterminé. Enfin l'alcool évite la conscience d'une telle existence. Les conséquence de l'usage de l'alcool sont bien évidemment néfastes: refroidissement plus rapide du corps, multiplication des ulcères et des infections, irritation des intestins, vieillissement prématuré.
J'ai noté que le sans-abri a une conception particulière de la santé. Il ne peut pas se permettre de tomber malade puisque il doit lutter jour après jour pour sa survie. En conséquence, il minimise ses maux et tend à porter lui-même le diagnostique.
L'absence de médicaments et de soins
La prise en charge de la santé des sans-abri est complexe. Premièrement ils ne peuvent attendre aucune aide des institutions étatiques, ensuite Nochlezhka est trop souvent en manque de médicaments, rencontrent des difficultés financières qui nuisent à son efficacité. De plus, les douanes russes et leur lourde taxation ne facilitent en rien l'acheminement des médicaments depuis l'Europe. Enfin, il faut le reconnaître, bien peu d'infirmières ou de médecins acceptent d'être confrontés à cette misère. Souvent ils craignent les graves maladies dont sont porteurs les sans-abri, ne veulent pas être contaminés, entre autre par la tuberculose à l'état endémique ou presque au sein de cette population.
Et pourtant, si il y a des êtres humains qui nécessitent des soins, qui ont besoin de ressentir que l'on s'occupent d'eux, ce sont ces laissés pour compte de la société.
J'ai soigné une babouchka âgée, elle souffrait d'un important ulcère et bien, un jour, elle m'attendait un bouquet de fleurs à la main. Un de plus beau cadeau que jamais je n'ai reçu dans ma vie. Ces gestes de solidarité sont extrêmement gratifiants et m'ont passablement émue.
Un peu de baume au cœur
Une autre fois, une toute jeune fille attendait, impatiente, son tour d'être soignée. Très vite, je remarquais qu'elle n'avait qu'une petite égratignure cicatrisée il y a déjà longtemps, mais ce qu'elle espérait, était que je lui donne de la chaleur humaine, qu'à travers le pansement symbolique apposé, elle ressente qu'elle aussi existait. En guise de remerciement, ses bras autour de mon cou , elle m'embrassa comme si je l'avais sauvée d'un terrible mal alors que je n'avais que soulagé son désespoir pour juste un court instant.
Si il est vrai que l'esprit du peuple russe tend à la fatalité et que souvent j'ai entendu les sans-logis me soupirer "c'est la vie", je ne crois pas que cet état d'esprit justifie que nous les abandonnions à leur triste sort et suis persuadée que toute aide est la bienvenue tant bien même qu'elle ne changera pas le fond du problème, qui lui est politique.
Texte: Flavia Boldini

